Les Iraniens ont toujours été un peuple chaleureux, hospitalier et attachant. La culture millénaire de l'Iran est fondée sur le respect, la bienveillance, le ta'arof (la courtoisie traditionnelle) et l'ouverture aux autres. Des caravanes de la Route de la Soie qui reliaient l'Orient et l'Occident aux foyers où le parfum du thé fraîchement infusé et des pâtisseries accueillait l'invité avant même la moindre parole, l'Iran a toujours envoyé ce message au monde :
« Soyons amis. »
Cet esprit fait partie intégrante de notre identité. Les Iraniens ne se sont jamais définis dans l'isolement et n'ont jamais craint de se connecter au monde. Tout au long de l'histoire, l'Iran a été le carrefour des civilisations — une terre où les idées, les cultures, les arts et les êtres humains se sont rencontrés pour façonner une amitié et un respect mutuels.
Pourtant, après la révolution de 1979, le peuple iranien s'est vu priver d'un bien inestimable : la liberté de vivre en paix, dans l'amitié et en lien avec le reste du monde.
Avant la révolution, les portes de l'Iran étaient grandes ouvertes sur le monde. Les étudiants iraniens poursuivaient leurs études dans les universités les plus prestigieuses d'Europe et d'Amérique. Les touristes du monde entier, en voyage à Ispahan, Chiraz, Téhéran et dans d'autres villes, étaient accueillis par le sourire, le respect et l'hospitalité des habitants. Les relations diplomatiques avec de nombreux pays étaient chaleureuses et constructives. Sans crainte, les gens se liaient d'amitié, se mariaient, commerçaient avec les étrangers et partageaient leur culture et leur histoire avec fierté.
Les Iraniens n'ont jamais été un peuple belliqueux ou isolationniste. Notre littérature, notre poésie et notre histoire parlent, avant tout, de réconciliation, de dialogue et de coexistence. Ce trait n'est pas un simple comportement social. Il est inscrit dans notre sang et notre culture.
Avec l'instauration de la République islamique, cette trajectoire s'est progressivement inversée. La politique étrangère du régime a, jour après jour, éloigné l'Iran de la communauté internationale. Les ambassades ont été fermées ou ont tourné au ralenti. Les vols se sont raréfiés. Les sanctions ont rendu la vie quotidienne difficile. Un mur de méfiance s'est peu à peu dressé entre le peuple iranien et les autres nations.
Les premières victimes de ce changement ont été les citoyens ordinaires. Des générations de jeunes Iraniens ont été privées de la chance de découvrir le monde librement, d'étudier sans s'inquiéter du lendemain, de commercer, de collaborer scientifiquement et de participer à des échanges culturels. Ce qui leur a été retiré ne se résume pas à l'obtention d'un visa ou à l'achat d'un billet d'avion : c'est leur droit naturel à être perçus comme des êtres humains pacifiques, bienveillants et désireux de tisser des liens.
Parallèlement à cet isolement, un autre facteur a creusé le fossé entre les Iraniens et le monde. Des années de propagande politique dans de nombreux médias occidentaux ont façonné une image unidimensionnelle de l'Iran. Une image où le peuple iranien était souvent confondu avec les politiques de la République islamique. De nombreuses personnes qui n'avaient jamais rencontré d'Iranien ont fini par ne connaître un pays à la civilisation millénaire qu'à travers le prisme des tensions politiques.
Le résultat fut une blessure dont on parle trop peu. Partout dans le monde, les immigrés, les étudiants et les voyageurs iraniens ont parfois été confrontés à des regards empreints de doute, de suspicion, voire de crainte. Pourtant, dans leur cœur, ce même esprit d'hospitalité et d'amitié restait intact. La distance créée par la politique s'est immiscée dans les relations humaines, et ce mur qui n'aurait jamais dû exister entre les peuples est devenu de plus en plus haut.
Malgré tout, l'esprit iranien ne s'est jamais résigné à cette séparation forcée.
Aujourd'hui, dans les rues de Paris, Berlin, Londres, Stockholm, Amsterdam, Toronto, Los Angeles et de dizaines d'autres villes, les Iraniens se rassemblent et font entendre leur voix. Cette voix n'est pas un simple cri de protestation. Derrière chaque slogan se cache un désir plus profond : le vœu de voir l'Iran retrouver la place qu'il a toujours méritée. Le souhait de revenir à un pays qui dialogue à nouveau avec le monde, qui apprend de lui et lui offre son amitié.
Le message de ces rassemblements s'adresse au monde entier. Un message simple mais profond :
« Nous voulons nous réconcilier avec le monde. »
Cette demande n'est pas seulement une revendication politique. C'est un souhait profondément humain. Les Iraniens veulent à nouveau accueillir des touristes. Ils veulent que leurs enfants étudient dans les universités du monde sans s'inquiéter de l'avenir. Ils veulent que leurs chercheurs et leurs artistes partagent librement leur culture et leur art avec les autres nations. Ils veulent être ce même pont qu'ils ont bâti entre les civilisations pendant des siècles.
Au cours des 47 dernières années, on a beaucoup retiré au peuple iranien : des opportunités, des connexions et des années durant lesquelles ils auraient pu s'épanouir aux côtés des autres nations. Mais s'il y a une chose que personne n'a jamais pu enlever aux Iraniens, c'est leur âme hospitalière et pacifique.
Cette âme est toujours vivante au sein des foyers iraniens, que ce soit en Iran ou aux confins du monde. Aujourd'hui encore, lorsqu'un invité venu d'ailleurs franchit le seuil d'une maison iranienne, il est accueilli avec du thé, un sourire et le plus grand respect. Norouz reste le messager de l'amitié et du renouveau. Tant d'Iraniens, par-delà les distances et les frontières, espèrent qu'un jour viendra où le monde redécouvrira l'Iran, non plus à travers le prisme de la politique, mais à travers les yeux de son peuple — un peuple qui a toujours voulu vivre avec les autres, et non contre eux.
Ce jour viendra.
Le jour où les murs de la méfiance et de la propagande s'effondreront. Le jour où le peuple iranien pourra, sans crainte du jugement ni de la suspicion, tendre la main au monde. Une main qui est ouverte depuis des siècles et qui ne s'est jamais refermée.
Nous, Iraniens, sommes depuis longtemps un pont entre les civilisations. Ce rôle n'a jamais été effacé de notre mémoire historique. Si l'opportunité se présente à nouveau, nous redeviendrons ce pont. Non pas en ennemis, mais en amis. Non pas dans l'isolement, mais dans la réconciliation. Non pas avec crainte, mais avec bienveillance.
C'est ce vœu même qui résonne aujourd'hui dans les rues d'Europe et d'Amérique et qui reste vivant dans le cœur de millions d'Iraniens, où qu'ils se trouvent dans le monde.
L'Iran a toujours été prêt à l'amitié. Et peut-être que maintenant, plus que jamais, le monde est lui aussi prêt à redécouvrir cette amitié.

